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* : La superficie des milieux humides est évaluée selon une échelle relative à la superficie du plus gros milieu humide présent sur le territoire. Si la superficie du milieu correspond à 25% ou moins de celle du plus gros, il est alors classé comme « petit ». Si la superficie du milieu se situe entre 25 et 50% de celle du plus gros, il est alors classé comme « moyen ». Ainsi de suite pour les superficies de milieux qui se situent entre 50 et 75% et 75% et plus. Critère #1: Pourcentage du bassin versant constitué en milieux humides. Ce critère attribue la même cote partielle à tous les milieux humides d'un sous-bassin. Il intervient donc uniquement lorsque l'utilisateur doit poser des choix de conservation sur plus d'un sous-bassin. Dans ce cas, les milieux humides d'un sous-bassin peuvent alors être favorisés par rapport aux milieux humides d'un autre. L'importance du couvert en milieu humide d'un sous bassin est souvent déterminant dans l'amplitude avec laquelle les bénéfices reliés au milieux humides vont s'exprimer. Hey et Wickencamp (1996) ont constaté que l'augmentation de la superficie des milieux humides dans un bassin hydrographique se traduit par une réduction des inondations et par une hausse du débit de base. L'effet bénéfique qu'ils ont observé croissait rapidement alors que la proportion de milieux humides d'un territoire se rapprochait de 10%. Wang et Mitsch (1995) ont estimé que la présence de 15% de bassin hydrographique en milieux humides pourrait réduire les charges de phosphore de 66% et d'autres études ont déterminer que la présence de 5% du couvert en milieux humides aidait grandement à améliorer la qualité de l'eau. Le Wetlands Initiative , un groupe américain qui effectue des recherches relatives aux objectifs de couvert humide, a aussi suggéré un objectif de 10% du territoire en milieu humide pour observer des effets bénéfiques généraux. Afin de concentrer les efforts de conservation aux endroits où ils seront les plus susceptibles d'engendrer des retombées positives sur l'environnement, il est logique de favoriser les sous-bassins qui possèdent, à priori, un bon potentiel de milieux humides. En effet, la protection des milieux humides d'un territoire où ces derniers sont plus rares est très justifiable mais les répercussions positives (ou négative si, à l'inverse, on parle de perte d'habitat) à l'échelle du sous-bassin seront moindres. Certains sous-bassins, de part leur histoire de formation ont pu évoluer avec peu de milieux humides alors que d'autres présentent de plus fortes concentrations de ces écosystèmes. Bien que dans les deux cas la présence de milieux humides soit importante, les secteurs qui en possèdent initialement une plus forte concentration se verront transformés davantage et beaucoup plus radicalement si l'on en modifie la répartition. Le présent outil favorisera donc les milieux humides d'un sous-bassin y présentant le meilleur potentiel. Dans bien des cas, où un seul sous-bassin est considéré, le critère attribuera la même cote à tous les milieux humides et la contribution de ce critère à l'évaluation des milieux humides sera alors nulle. Critère #2: Superficie relative du milieu humide. À première vue, il peut paraître logique de penser que le potentiel des bénéfices écologiques d'un milieu humide croisse proportionnellement avec sa superficie. Toutefois, la complexité des relations biologiques à l'intérieur de ces écosystèmes ne permettent pas d'établir de grandes généralisations. Depuis de nombreuses années, la protection de ces milieux s'adressent stratégiquement aux sites rencontrant certains critères de superficie. Habituellement, un seuil de superficie minimale, relativement élevé, oriente les exercices de conservation vers les milieux humides de grandes superficies laissant ainsi les plus petits sans aucune considération. Concernant la biodiversité, ce concept de protection des plus étendus se base sur les quatres hypothèses suivantes (pas toujours vérifiées) : (1) les petits milieux humides sont éphémères, c'est-à-dire qu'ils subsistent sur une courte « hydropériode »; (2) puisque ces milieux sont petits et éphémères, ils supportent normalement peu d'espèces; (3) les espèces retrouvées dans les petits milieux humides sont aussi présentes dans les grands milieux humides; (4) les populations d'organismes associées aux milieux humides sont indépendantes. Pour un des groupes d'organismes souvent visé par les programmes de conservation des milieux humides, soit les amphibiens, plusieurs études menées à travers l'Amérique du Nord n'ont pas été en mesure de trouver de relation entre la superficie des milieux humides et leur richesse spécifique. Hecnar et M'Closkey (1996) ont étudier 97 étangs en Ontario et n'ont pas réussit a vérifier cette relation tandis que Snodgrass et al. (2000) ont conclu que la taille des milieux humides ne permettait pas de prédire l'hydropériode ni la richesse spécifique. Il ont, entre autres, calculé que réduire la taille d'un milieu humide de 78 ha à 0,2 ha réduirait la richesse d'espèce de 8,3 à 7,7 (perte de moins de une espèce en moyenne). De plus ils présentent des arguments intéressants appuyant le fait que les espèces retrouvées dans les petits milieux humides ne représentent pas nécessairement des sous-ensembles d'espèces présentes dans des milieux humides plus étendus. La supposition (4) traitant de l'indépendance des milieux humides sera plus élaborée dans la section traitant du critère #5 mais on peut quand même affirmer qu'elle n'est actuellement pas vérifiée; des modèles de simulation ont démontré que la perte de milieux humides inférieur à 1,2 ha pourrait affecter toute la dynamique de la population des amphibiens d'un territoire. Un regroupement de petits milieux humides, contrairement à un gros milieu de superficie équivalente, pourrait aussi posséder une meilleure productivité biologique pour certaines espèces de sauvagines (Environnement Canada, 1998). Toutefois certaines espèces, qui ne nécessitent pas d'habitat sec en bordure profiteront d'avantage des gros milieux humides. C'est pour toutes ces raisons qu'Environnement Canada (1998) stipule, dans la présentation de ses lignes directrices sur la protection de l'habitat humide, que des marais de différentes superficies doivent être conservés à l'échelle du paysage. En accord avec les propos d'Environnement Canada, aucun seuil de superficie minimal n'a été introduit dans le présent outil de classification. Tous les milieux humides identifiables sur les cartes écoforestières numériques 1 : 20 000 sont considérés (aussi petit que 0,04 ha). Avec le critère #2 on favorise toutefois les plus étendus pour des raisons entourant les capacités filtrantes et de modulation des débits d'étiage et de pointe assurées par les milieux humides. Toutefois, les plus petits ne sont pas systématiquement éliminés et peuvent obtenir un bon classement s'ils répondent bien aux autres critères d'évaluation. Critère #3: Connexion au système hydrologique. Les milieux humides sont bénéfiques peu importe leur emplacement dans un bassin hydrographique. Toutefois, certains localisés dans des endroits stratégiques peuvent apporter de plus grands bénéfices. Par exemple, dans un lac, le marais peut représenter un habitat vital pour les espèces de poissons du plan d'eau. Il a été démontré qu'un habitat humide lacustre supporte environ 60% plus de biomasse de poissons que les zones non-végétalisées du lac (Petzold, 1996). Ces milieux humides peuvent donc être très importants pour l'activité de pêche de tous les secteurs du lac et même dans une partie plus ou moins étendue du réseau hydrographique. Les milieux humides en bordure des lacs constituent donc une première priorité à cause de leur importance pour les poissons mais aussi pour de nombreuses autres espèces. La production de phytoplancton, de zooplancton, de micro- et de macro-invertébrés assurée par ces milieux supporte, en grande partie, la vie de l'écosystème lacustre. Le temps de rétention de l'eau dans les lacs est aussi supérieur à celui des cours d'eau, permettant ainsi aux milieux humides de mieux remplir leur rôle de filtration. On a estimé que les marais de l'embouchure du Old Woman Creek en Ohio, nettoyaient de 12 à 60 % des métaux lourds traversant l'écosystème et de 35 à 80 % des éléments nutritifs actifs biologiquement (Herdendorf, 1992). Les milieux humides positionnés en bordure des cours d'eau de 2 e et de 3 e ordre seront surtout retenus pour leur capacité à régulariser les débits d'écoulement et la protection des sols contre l'érosion. Ils rendent asynchrone les débits de pointe, ce qui minimise les risques d'inondation lors des épisodes de fortes pluies. Les habitats fauniques et les infrastructures humaines présentes en aval sont donc mieux protégés. Aux États-Unis, une étude récente estime que 0,4 hectare de zone humide peut stocker plus de 6 000 m 3 d'eaux de crue. Le critère #3 de l'outil CMH porte donc sur le type de connexion du milieu humide au réseaux hydrographique. Pour les raisons énumérées précédemment, un milieu humide situé à l'embouchure d'une rivière dans un lac obtiendra une cote partielle plus élevée. Suivent les milieux humides en bordure de lac, de cours d'eau et finalement les milieux humides plus ou moins isolés du réseau hydrographique. Critère #4: Type de milieu humide. Les différents types de milieux humides procurent des bénéfices à différents degrés. Les marais sont souvent reconnus pour leur valeur filtrante et faunique tandis que les tourbières constituent souvent des réservoirs d'eau considérables et des niches écologiques particulières où de nombreuses espèces de plantes menacées ou vulnérables ou encore susceptible d'être désignée menacées ou vulnérables y trouvent refuge. Les cartes écoforestières permettent de distinguer quatre appellations associées à la présence de milieux humides, soit les Dénudés Humides , les Tourbières , les Terres Inondées et les Aulnaies Humides (i.e. uniquement les aulnaies qui bordent l'un ou l'autre des précédentes appellations de milieux humide ont été considéré dans le présent exercice). Ces appellations ne font malheureusement pas directement référence aux types de milieux humides tels que décrits dans le système de classification des terres humides du Canada (National Wetlands Working Group, 1997). Aussi les caractéristiques associées au terres inondées et aux aulnaies humides peuvent varier grandement. En raison de la représentativité de ces milieux selon l'usage des cartes écoforestières, une cote partielle plus faible à été attribuée aux terres inondés et aux aulnaies humides. Les dénudés humides ainsi que les tourbières ont par contre été mis en priorité puisqu'ils correspondent davantage à la définition de milieux humides proprement dite. Dans le présent exercice ces deux types de milieux se voient attribués la même cote mais tel que mentionné précédemment, le gestionnaire aura toujours la possibilité, selon les besoins, de modifier cette cote afin d'octroyer plus d'importance à l'un ou à l'autre de ces écosystèmes. Critère #5: Connexion entre les milieux humides. On entend de plus en plus parler de l'écologie du paysage, et avec raison. Il est bien de cibler des sites à riche potentiel écologique mais s'il sont coupés du reste du paysage, on assiste souvent à leur dégradation. La circulation des individus d'espèces entre des populations locales est souvent nécessaire à la survie même du réseau de population. La théorie des populations « sources et puits » est particulièrement intéressante dans le cas des populations d'amphibiens et des reptiles qui dépendent des milieux humides pour leur survie. Les populations d'amphibiens sont très sujettes à subir des épisodes d'extinction locale suivi d'un repeuplement par migration. Les amphibiens, n'ayant pas une grande longévité et étant très dépendants des conditions environnementales pour leur survie et leur reproduction, peuvent aisément afficher un fort taux de mortalité et un faible taux de recrutement annuel. Si ce phénomène se répète sur quelques années, on peut assister à des extinctions locales. C'est alors que la présence de sites périphériques permettant un repeuplement par des individus migrants, prend toute son importance. Le concept de métapopulation (populations de populations réparties sur un territoire donné, partiellement isolées mais interconnectées par la migration et soumises à des probabilités d'extinction locale) doit être considéré dans la gestion des populations animales dépendantes des milieux humides. La perte de milieux humides dans un réseau d'habitats cause une augmentation substantielle de la distance entre les étangs (Gibbs, 1993; Semlitsch et Bodie 1998). Étant donné les capacités limitées de dispersion de certaines espèces animales, la distance entre les étangs affecte directement la probabilité de repeuplement et conséquemment la chance de sauver des populations de l'extinction (Skelly et al. 1999). De plus, la déforestation élimine l'ombre, augmente la température à la surface du sol, en détruit la structure et y réduit l'humidité rendant ces lieux inhospitaliers pour plusieurs espèces, particulièrement la salamandre (Corn et Bury, 1989). Les effets négatifs de l'exploitation forestière incluent le retrait des débris grossiers (coarse woody debris), la compaction du sol, la sédimentation dans les habitats aquatiques et les perturbations mécaniques de la litière du sol utilisée comme refuge ou pour supporter des populations de proies d'invertébrés. En plus, la coupe peut interrompre les patrons de reproduction pour la migration (Raymond et Hardy, 1991). La construction de routes constituent aussi une limite sévère aux patrons de dispersion des amphibiens (Gibbs, 1998). L'outil de classification des milieux humides doit tenir compte de la présence de réseaux rapprochés de milieux humides. Il favorisera les regroupements de trois milieux et plus dont la distance deux à deux ne dépasse pas les 500 m. De la sorte, l'outil tient compte de la configuration du paysage et dépasse la simple caractérisation individuelle des milieux humides. Outre les avantages pour la faune, il est logique de penser que des regroupements de milieux humides le long d'un cours d'eau puissent aussi afficher de meilleures capacités filtrantes que des milieux isolés. |
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